"Le chemin lumineux"
L'éveil
Le souffle de Séraphine s'arrêta alors qu'elle se tenait au bord du pont, les lumières de la ville scintillant comme des étoiles brisées sous ses pieds. L'air semblait lourd, chargé de quelque chose de plus que la tempête qui approchait. Elle avait été attirée ici, sans savoir pourquoi, sans savoir ce qui l'attendait. Le bourdonnement sourd de la ville s'estompa en arrière-plan alors qu'une attraction inexplicable tirait son âme.
Elle ferma les yeux. Depuis des semaines, des rêves étranges la tourmentaient : des rêves d'endroits qu'elle n'avait jamais vus, des voix qui parlaient dans des langues qu'elle ne comprenait pas, et un visage familier toujours hors de portée. Elle pouvait sentir l'amulette sous sa chemise, sa surface fraîche pressée contre sa peau, un rappel des derniers mots de sa mère avant son décès : « La clé... tu détiens la clé. »
À présent, debout sur ce précipice, cette phrase résonnait dans son esprit, se mêlant au bourdonnement persistant de ses oreilles. Le moment s'étira, se déroulant lentement, jusqu'à ce que...
Le bruit des pneus qui crissaient déchira le silence. Seraphina eut à peine le temps de réagir qu'une voiture noire et élégante quitta la route et fonça vers elle. Elle sentit son corps se figer tandis que la peur la clouait sur place. Le monde ralentit.
Soudain, l'amulette pulsa. Une décharge d'énergie la traversa et le temps se brisa autour d'elle comme du verre brisé. Elle trébucha en arrière dans le néant.
Elle est tombée.
Tombée dans un gouffre de lumière et d'ombre, les mondes se démêlaient et se reformaient autour d'elle. Son corps semblait en apesanteur, suspendu dans une mer d'étoiles qui clignotaient et disparaissaient. Elle n'était nulle part, et pourtant... partout.
Puis, avec une force soudaine, la réalité est revenue à sa place.
Séraphina atterrit à genoux dans un champ froid et brumeux. Elle respira lentement tandis que ses doigts tremblants cherchaient l'amulette. Elle brillait faiblement, comme si elle l'avait en quelque sorte transportée dans cet endroit étrange. Elle cligna des yeux, essayant de donner un sens à son environnement.
Avant qu’elle ne puisse comprendre sa perplexité, une voix basse et mélodieuse se fit entendre dans la brume.
« Bienvenue, Séraphine. Je t'attendais. »
Elle se retourna brusquement, cherchant la source de la voix. Une silhouette émergea de la brume, enveloppée d'ombres mais incroyablement claire dans l'air brumeux. Ses yeux brillaient d'un savoir ancien, et un léger sourire courbait ses lèvres.
« Qui… qui es-tu ? » La voix de Séraphine était rauque, ses mots à peine audibles par-dessus le bruissement lointain du vent.
La silhouette s'approcha, son long manteau ondulant comme s'il faisait partie de la brume elle-même. « Elion. Je suis là pour te guider. »
Séraphine fit instinctivement un pas en arrière, son pouls s'accélérant. « Guide-moi où ? Que vient-il de se passer ? Où suis-je ? »
Elion pencha la tête, son sourire se transformant en quelque chose de plus solennel. « Tu as franchi le seuil. L'endroit entre les mondes. L'amulette... elle a libéré un pouvoir en toi, un pouvoir que tu viens à peine de commencer à comprendre. »
Son regard se posa sur l'objet lumineux autour de son cou. « C'est... c'est ce qui m'a amenée ici ? »
« C'est plus qu'une simple relique », dit Elion d'une voix ferme, quoique teintée d'une pointe d'urgence. « C'est ton lien avec les royaumes, chaque monde, chaque possibilité. »
Le cœur de Séraphine battait fort. Elle regarda autour d'elle le champ couvert de brume, désorientée. « Que veux-tu dire par « royaumes » ? Ce n'est pas possible. J'étais... J'étais sur le pont. Cette voiture... »
« Je t'aurais frappé, » interrompit doucement Elion. « Mais tu es sorti du temps. Tu es passé d'un monde à l'autre. »
Le poids de ses mots pesait sur elle comme une force invisible. « Ce n'est pas possible, murmura-t-elle en secouant la tête. Je rêve. »
Le regard d'Elion s'adoucit. « Cela peut sembler être un rêve, mais le danger auquel tu fais face est bien réel. Et ce n'est que le début. »
Les yeux de Séraphine s'écarquillèrent alors qu'elle sentait une soudaine vague de panique monter en elle. « Quel danger ? »
L'expression d'Elion s'assombrit. « Les royaumes s'effondrent, Séraphine. Et tu es au centre de tout cela. »
La brume autour d'eux s'épaissit, comme si elle faisait écho à la gravité de ses paroles. L'esprit de Seraphina s'emballa, le poids de sa nouvelle réalité la pressant. Elle serra plus fort l'amulette, le métal froid la rapprochant, bien que son esprit resta dispersé.
« Pourquoi moi ? » demanda-t-elle d'une voix à peine murmurée.
Les yeux d'Elion rencontrèrent les siens, inébranlables. « Parce que tu es le dernier d'une lignée qui détient le pouvoir de marcher entre les mondes. Et l'amulette... elle t'a été transmise pour une raison. »